28.10.2008
oct 2008 : Record du monde distance 24h
10 octobre : Paracuru Un grand merci pour tous les messages des derniers jours. Je suis resté muet non par concentration mais plus pour m'aider à tourner la page du kite-bivouac.
Yan (l'atout météo), annonce du 30 kts pendant les 4 jours à venir. La lune n'est pas complètement pleine mais avec Hubert nous avons décidé de faire une première tentative dimanche soir. Samedi, achat des vivres de courses, location de la voiture pour le déplacement à Fortaleza et essai de navigation de nuit avec les frontales ...
J'ai vraiment hâte d'y être bien que la nav de nuit m'inquiète un peu. Le vent va-t-il être assez constant pour une navigation de 12 h, fera-t-il suffisamment clair pour distinguer tous les pièges et surtout dans quel état vais-je resortir après 12 de nav de nuit ? Je ne suis pas effrayé, il est normal de se poser ce genre de questions, c'est même primordial. J'ai fait le choix de commencer par la nuit parce que c'est ce qui va être le plus dur, j'espère seulement pouvoir tenir les 12 h qui vont suivre. Ne vous attendez pas à ce que je me jette sur l'ordi dès la fin du parcours, je risque d'être un peu chiffon pendant un moment....
Quoi qu'il en soit je vais faire le max, vous avez tous bien "boosté" ma motivation !!
12 & 13 octobre : 24 h de kite
Ça y est, c'est fait !! je ne suis pas satisfait de la distance parcourue, mais aux vues des conditions qui m'ont été offerte, je dois m'estimer heureux. S'il y avait un jour dans le mois à ne pas tenter le record, c'était ce jour là ! Toute la journée je me suis demandé quelle faute j'avais commis pour mériter des conditions aussi... excusez le terme mais je n'en trouve pas d'autre... merdiques! La météo prévoyait 30kts de vent pendant 4 jours, la logique voulait que la tentative se fasse au milieu du créneau, et bien ce jour a été le seul avec un vent faible très irrégulier et off shore (de la terre vers la mer) !! Bref, j'ai eu droit à la totale... en voici le récit :
Avec Hubert nous avons décidé d'avancer le départ de 2 heures afin que je m'habitue progressivement à la pénombre, je me mets donc à l'eau vers 17h15. Les rares personnes encore présente sur la "praia do Futuro" à Fortaleza, regardent ce kiteur fou qui dépli son aile à l'heure de l'appéro, équipé d'une lampe pour la pêche au thon sur la tête... ce gringo a dû prendre trop de soleil semblent-ils penser!!
La traversée au large de Fortaleza se passe bien, le vent reste sur sa lancée de l'après-midi, il est régulier, je ne suis pas obligé de trop bouger la voile pour maintenir ma flottaison. Avec l'arrivée de la nuit, la surface de l'eau s'adoucit, la planche glisse agréablement d'une vague à l'autre, c'est le pied, la lune pleine m'éclaire suffisamment pour ne pas utiliser la frontale. Au début, naviguer de nuit dans des creux de 2m, est très impressionnant, toutes mes peurs du noir de mon enfance remontent en surface. Qu'est ce que tu fais là dans le noir, loin de la sécurité des lumières des villes et villages là bas sur la plage, navigant au-dessus de je ne sais quel gros poisson et qui plus est seul au milieu d'un élément qui n'est pas le tien ? La peur gagne du terrain sur le raisonnement, je me raccroche à la beauté du cadre pour éloigner ce tableau trop noir.
En m'approchant de l'immense jetée de 2,6km un peu avant Taiba, le vent montre quelques faiblesses, je dois envoyer ma voile d'un bord de fenêtre à l'autre pour éviter de couler, elle siffle à chaque passage comme pour me faire comprendre les problèmes se profilant à l'horizon. Je passe la jetée, le bruit des vagues se fracassant sur les rochers couvre celui de ma voile, je reste concentré, ce n'est pas le moment de la faire tomber dans l'eau.... Plus je m'approche de Paracuru plus je suis obligé de tirer des bords pour garder suffisamment de pression dans ma voile et ne pas couler. A 3 km de Paracuru, le kite ne siffle plus, il s'effondre et fini dans l'eau. Le vent est trop faible pour espérer un décollage, je patiente 10mn et décide de rejoindre la plage à la nage, 400m en nage indienne avec le kite sous le bras les lignes traînant derrière, ça commence fort ce record !!!
30mn de nage, 10 à 15 mn de démêlage et c'est reparti, le vent semble plus régulier bien que toujours faible, pour moi tout parait normal, après tout c'est la nuit, je ne peux exiger un vent aussi fort que de jour, je suis même très heureux de pouvoir naviguer même si mes bras s'en plaigne. Je connais bien le littoral et arrive à me positionner par rapport aux villages, ma lente et difficile progression n'entame pas mon moral, je prendrai ma revanche lorsque le vent se lèvera pour accompagner le jour... Comme me disait Jean Louis, la lune est une fidèle compagne et semble jouer avec moi à cache cache derrière les nuages. Je lui parle lui demandant, comme je le ferais à un enfant, d'arrêter de se cacher et de maintenir sa lumière dirigée vers moi, mais les nuages grossissent, la visibilité diminue, mes jambes doivent encaisser les clapots que je ne vois plus mais elles ne se plaignent pas, l'information qui remonte vers le cerveau est rassurante, elles tiendront !
Pendant ce temps, le "PC course" à Paracuru s'organise : Hubert remonte en voiture vers le nord, il est constament renseigné par Eric et Bow, deux potes kiteurs installés chez Dominique (www.aguavila.com.br), allez faire un tour sur le site web, vous verrez que certains n'ont pas des vies faciles...
Pendant ce temps, je trime toute la nuit contre ce vent d'opérette changeant constamment mes prises de mains pour ne pas tétaniser. Mon harnais commence à me faire souffrir, les aller-et-venues incessantes de ma voile finissent par me provoquer des brûlures sur les deux fesses (voir photo plus bas). Le jour n'est pas encore levé, il est 4h15, ma voile tombe brutalement dans l'eau, le vent vient de prendre congé, il est allé voir ailleurs si j'y étais. Après avoir parlé à la lune c'est au tour du vent, je lui parle d'abord calmement, puis très vite le ton monte. Sans réponse, je me tourne vers les cieux demandant si quelqu'un pouvait faire quelque chose, le silence est ma seule réponse. Je distingue mal la côte, 40 mn de nage me seront nécessaire pour la rejoindre et me retrouver face à une immense mangrove me condamnant à longer celle-ci, de l'eau jusqu'à la taille, sur 1km avant de trouver un espace sablonneux ou installer mon kite et démêler mes lignes. Le vent fait moins de bruit que ma respiration et la mer est un comme un marbre, pas besoin d'être un marin pour comprendre que mon aventure prends un grand coup dans l'aile. C'est au tour des moustiques de rentrer en scène, ils sont légions et s'en donnent à coeur joie... nouvelle injonction à pleins poumons vers les cieux !!
La réponse prends la forme d'un petit bisolé off shore. Je remets la voile dans l'eau et me laisse traîner pour échapper à cet enfer vert. 30 mn de nage tractée sans pouvoir décoller la voile me permettent de m'échouer sur une plage. Nouvelle attente, cela fait maintenant 3 heures que le vent m'a coupé les ailes, je suis vert de rage, tout le monde marin en prend pour son grade, j'ai vraiment mal sous mon harnais, je suis à prendre avec des pincettes... Il est 7h20 quand ce bouffon de vent se décide à souffler, je l'injure pour le motiver à mettre le paquet mais rien n'y fait, il reste mou et off shore. Le combat reprends entre mon équilibre, ma flottaison et la traction de mon aile. Je passe Préa avec un vent SSO (90 degré off shore) très irrégulier. J'avance en pointillés : 100 à 200m et je coule pour repartir sur 200m de plus avant de couler à nouveau ainsi de suite jusqu'à Camocin. Le passage du cap de Jericoacoara fut l'un des moments les plus fort de cette journée. Je savais que m'engager sur ce franchissement revenait à jouer à la roulette russe. Soit le vent restait comme il était et me permettait de traverser en pointillés les 5km de baie, soit il faiblissait entraînant ma voile dans l'eau et je dérivais vers le large sans espoir de pouvoir rentrer à la nage. Jamais de ma vie je n'ai autant parlé aux éléments. J'en avais vraiment raz le bol de ces conditions, je tenais ma barre en crochettant l'un de mes poignets pour soulager mes doigts qui ne voulaient plus serrer quoi que ce soit. Camocin et son delta finissent par se montrer, j'attaque la traversée toujours avec cette navigation épuisante en pointillés lorsque le vent s'effondre de nouveau. Cette fois 1 bon km me sépare de la côte, ma voile tombe à l'eau, le vent n'est plus suffisant pour la re-décoller mais il souffle suffisamment pour pousser ma voile et tout ce qui y est attaché vers le large. Je me bats pendant près d'une heure pour remonter au vent à la nage et regagner cette plage à l'horizon, je suis à bout et décidé à abandonner mon kite pour avoir une chance de rentrer quand le vent change subitement de sens et de force. Il est maintenant on shore et monte à 25 ou 30 kts. Mon moral remonte, ma hargne est telle que je provoque le vent et lui balance qu'il n'a pas les c.....de monter à 40kts !!
Il souffle enfin à fond, il me reste 4 heures de nav pour boucler les 24h, je sais que je ne passerais pas les 500km mais je veux absolument aller au bout. La mer se déchaîne avec le vent combiné à une très forte marrée. Dans le delta de Luis Correira les creux atteignent 4 m, les champs de mines sont formés d'immenses tours explosant de tous les côtés à la fois. Tout m'est égal, je ne vois plus que le but à atteindre, si ce n'était cette douleur sous le harnais je me sens capable de naviguer au moins 12 h de plus.
17h15 à ma montre, je me pose sur la première plage du coin, je suis parti de Fortaleza il y a 24h et j'ai parcouru une distance de 419,90km
13:30 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : record, distance, kitesurf
25.03.2008
2007 Record du monde de distance
Cela fait un mois que nous sommes, Olivier Laugero et moi sur la côte atlantique du Nord Est Brésilien. Nous venons de réaliser un Down wind en Kite surf de 1100km entre Natal et Sao Luis. Nous sommes tous les deux parapentiste, nous avons utilisé la technique du vol bivouac. Pas d’assistance, ni véhicule ou bateau, un sac à dos avec un teeshirt, un pantalon, un hamac, des barres, de l’eau, la pompe pour gonfler les kites et un peu d’argent pour les nuits en gite quand c’est possible et surtout le retour en bus (27h). Nous avons réalisé un petit film visible prochainement sur flyozone.com. Il reflète bien l’ambiance bivouac avec les pêcheurs locaux, à manger poissons, crevettes et langoustines mais aussi l’engagement de certaines traversées de baies nous obligeant à naviguer à plus de 5 km de la côte.
Au km 700 de ce périple, Olivier et moi sommes passés à Jericoacoara, ancien petit village de pêcheurs, coincé entre une falaise et une dune magnifiques. En quittant la poussada (gîte), j'ai oublié mon appareil photo numérique étanche !! Arrivés à Sao Luis, la fin de notre raid, nous décidons de retourner à notre base Paracuru, Jericoacoara nous faisant faire un trop grand détour en bus. Je décide donc de revenir chercher mon appareil en down wind depuis Paracuru. C'est d'autant plus important pour moi qu'il y a sur la carte mémoire toutes les photos des vacances brésilienne de la famille !! Si je reviens sans celles ci, ma femme et mes enfants me tuent !!
Me voilà donc ce 3 décembre sur la plage de Quebramar, spot de kite surf connu à Paracuru. Il est 5:35 lorsque je monte sur ma planche. Cette dernière part sûrement pour son dernier voyage, elle commence à être bien fatiguée. Une grande fissure sépare ma planche en deux entre mes pieds, laissant apparaître le noyau en bois. Pourvu qu'elle tienne encore jusqu'à Jerico !! J'ai avec moi un sac à dos dans lequel j'ai glissé un short , un teeshirt , mes tongs, avec un peu d'argent pour mon retour en bus, le tout protégé dans un sac en plastique du super marché du coin. J'ai également 2l d'eau dans un camel back et des pattes de fruits à la banane et la goyave dans une petite sacoche autour de la taille. Je connais assez bien le parcours pour l'avoir fait plusieurs fois avec Olivier et mon fils Tommy, mais c'est la première fois que je le tente sur une journée. Je passe les 4 premières heures à "pomper" pour avancer, le vent est faible et ma 9m² n'est pas forcément la plus adaptée. Je suis tellement occupé à faire bouger ma voile que je ne vois pas passer Icarai à 85 km de mon point de départ. C’est un joli petit village où nous avions séjourné avec Olivier lors de notre kite bivouac. C'était mon repère matérialisant à peu près la moitié du parcours jusqu’à Jérico. Je passe Porto do Barco à 10:20, le vent monte en puissance, mes bras sont soulagés !! Les plages et les baies se succèdent, la marée est encore suffisamment basse pour me permettre de naviguer de temps en temps au raz de la plage sur des zones bien planes. Je fais attention de ne pas déranger les pêcheurs jetant leurs filets au large, ils me saluent "todo bon ?". J'avoue avoir pris moins de précautions en traversant la ligne continue formée par les wind surfer à Jericoacoara, toutes mes excuses ! Il est 13:00, je ne pensai pas arriver si tôt, je viens de franchir à peu près 200km, il me reste 5h de jour. Sans m'arrêter je décide de continuer pour voir jusqu'où je peux aller.
Je ne ressent aucune fatigue, notre kite-bivouac nous a bien préparé. Le vent est maintenant bien fort, je bride ma 9m² à fond. Manger mes pattes de fruits est toute une affaire. Sans lâcher la barre je dois ouvrir le zip de la sacoche étanche puis son système de fermeture et enfin saisir une patte de fruit "au jugé". Après plusieurs tentatives pour dépapilloter la friandise à une main, je décide de tout mettre dans la bouche et de recracher l'emballage (pas dans l’eau…) après avoir mangé la patte. Pas super agréable mais efficace !! Evidement il a fallu que je tombe alors que ma pochette était encore ouverte ... N'essayez pas, les pattes de fruits au sel de mer, c'est pas bon !!
Je n'avais pas d'incident à déplorer lorsqu'au large de Camocin, la ligne arrière gauche de ma voile, déjà bien usé par le kite-bivouac, cède au niveau de la barre. Je suis à 3 km au large, il me faut récupérer la ligne qui, évidemment, s’éloigne au fur et à mesure que je nage vers elle. Je bataille pendant 10 bonnes minutes avant de pouvoir l’attraper, je l’attache par un nœud de fortune à ma barre afin de rejoindre la plage et réparer. Maintenant le kite est plus délicat à piloté, j'ai été obligé de raccourcir l'arrière droit afin d'être symétrique. Trente minutes de perdues...
J'avance doucement mais sûrement, je reconnais la plupart des villages, le soleil décline lentement, je l'ai dans les yeux, il ne m'aide pas à voir les pièges tels rochers, bancs de sable ou pieux plantés par les pêcheurs pour fixer leur filets. C'est d'ailleurs un banc de sable qui va m'obliger à descendre de ma planche pour la seconde fois depuis mon départ. Le voyant arriver depuis un moment, je me prépare à sauter par dessus en prenant un peu plus de vitesse. Je m'aperçois au dernier moment qu'il est bien trop grand et que je n'arriverai jamais à le franchir. Trop tard, la vitesse est prise, la suite n'est pas racontable... Je me félicite de ne pas avoir de bateau suiveur, pas de photos compromettantes !!
Prise de conscience, Eric calme toi, tu es tout seul, le coin est désert, c'est pas l'endroit pour avoir un pépin. J'en profite pour dépapilloter, normalement, une patte de fruit … je veux dire avec les doigts. Les deux dernières heures avant la nuit sont magnifiques, le soleil couchant mets lentement le feu à la mer. Je vois pointer la jetée de Luis Correia, je décide de m'arrêter là, c'est un gros village, le retour en bus sera moins galère. Il est 17:40, j'ai kité 12h et franchi 325 km ou 175,40 miles. Je suis de retour à Paracuru 36 heures plus tard après avoir usé tous les modes de transport du coin, taxi, bus, moto.... . Mes amis me disent que c'est le nouveau record du monde de distance sur une journée mais qu'il n'a aucune chance d'être homologué puisque qu'il n'y a pas de témoins et pas de tracé gps. C’est une super nouvelle … j’ai un prétexte pour y retourner l’année prochaine !! Eric Gramond
23:23 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : record, distance, 24h, kitesurf, brésil
2007 Downwind 1120 km
1120 km de downwind entre Natal et Sao Luis (NE Brésil)
La vidéo de jour 1 à jour 12 :
Quand on vit au cœur du massif du mont blanc et que l'on travaille dans le secteur du parapente ou de l'alpinisme toute l'année on rêve.... de kite et de plages tropicales. En novembre 2006 c'est le coup de cœur pour le kite et le Brésil; Avec Eric Gramond on se jure de revenir l'année suivante pour réaliser un périple de plus de 1000km sur la cote Nord Est, sans assistance. En parapente, l'idée de voyager en autonomie sur des centaines de kilomètres, fait désormais partie intégrante de l'activité. Les Alpes, l'Himalaya, les hauts plateaux d'Abyssinie ont été traversé de part en part par des pilotes en mal d'aventures. Alors l'idée de voyager en kite semble tout autant naturelle.
Bien sur, le Brésil semble l'endroit parfait pour un tel projet, des milliers de kilomètres de plages ventilées quotidiennement par les alizées. On rêve pendant des mois sur Google Earth devant les cartes mais ou commencer ? Recife: trop de requins, pas assez de vent. Natal semble être le bon compromis, à 600 km au sud de Fortaleza. Où finir, Sao Louis, Belem ? Eric toujours très motivé , semblerait prêt à croiser à 30 km au large, pour un bord de 100 km sans toucher la côte afin de passer la baie de Sao luis. Cette baie est un gros obstacle pour rejoindre la côte déchiquetée et limoneuse direction Belem. On utilise la règle pour mesurer la ballade, 1600km. Non, vraiment, pas pour moi, au risque de faire de la peine à Eric, Sao Luis c'est déjà pas mal avec 1200km.
On a seulement quelques mois de pratique, mais après tout le down-wind ce n’est pas trop compliqué...mais quels matériels choisir ? Quelle taille de voile ? Quelle board ? Notre petite expérience autour de Fortaleza, nous indiquait que le meilleur compromis semblait la 9m² mais le sud, Natal, reste un mystère dans notre préparation. Quelques pessimistes de nature semblaient penser que le vent se ferait rare en cette période de l'année. Nous décidons de réaliser les premiers 600km en 11m², puis changer de matériel a Paracuru près de Fortaleza, notre camp de base où nous attendrons les 9m². Question Board, des twin tip polyvalentes du style 134cm feront l'affaire. Mais Eric craque sur sa planche mutant afin de profiter des vagues sur le chemin.
Pendant 15 jours on se chauffe les jambes autour de Paracuru. On réalise 2 down winds de 90 km entre Paracuru, Icaraï et Jericoacoara. On est donc capable de couvrir de bonnes distances, mais est-ce que je tiendrais le coup sur plus de 1000km ? J'ai la rotule un peu fragile et je me suis fait opérer du ménisque l'année précédente. Inch'Alla
Le 8 novembre au soir nous quittons Fortaleza en bus de nuit pour rejoindre Natal. On est plutôt léger, avec pour tout bagages, une planche, un kite instinct 11m², un sac étanche, un hamac léger, un tee-shirt et un pantalon, une paire de tong, de l'argent et pour 2, une pompe, une camera dans un caisson étanche à se répartir.
Jour 1
Le lendemain matin à 6h, nous errons dans la gare routière à la recherche d'un transport en commun, direction la plage... laquelle on ne sait pas trop, on veut juste traverser la ville et trouver la rampe de lancement pour Sao Louis à 1200 km d'ici. A 8h45 c'est parti, on est sur l'eau, avec 18 nœuds, et un petit stress pour passer la barrière de vagues au milieu des rochers. On attaque un premier bord de 10km, à quelques kilomètres de la côte. La cité défile à bâbord, un immense pont suspendu traverse la baie, c'est un jolie départ! Les conditions sont parfaites les vagues cassent assez loin du bord, on prend une bonne vitesse le long de la plage...jusqu'à ce que je m'enroule la ligne d'un pêcheur entre les jambes. Il est vraiment pas content, normal. Première leçon, garder les yeux ouvert....
Le vent reste assez fort et on est souvent obligés de trimmer notre voile. Mais au coucher de soleil le vent tombe, on se retrouve sensiblement sous le vent de la côte. Les derniers 200 mètres qui nous séparent de la plage, se font à la nage, les kites à l'eau.... Nous sommes arrivés à St José, à 88 km de Natal tout près de St Miguel de Gostoso. On pose les hamacs dans une petite cabane sur la plage, et on s'offre un bon petit restaurant à quelques dizaines de mètres de notre premier naufrage.
Jour 2
Le vent se fait attendre et nous décollons à 11h. Après quelques Kilomètres de navigation, nous passons le spot de St Miguel de Gostoso et ses dizaines de kites sur l'eau. On s'offre une petite pause et on discute 5mn avec Ernesto, un Italien moniteur de kite sur spot. Il connait vraiment toute la côte Nord est du Brésil et en quelques instants on y voit plus clair dans notre projet! Merci Ernesto! C'est reparti pour 50 km de downwind sur des plages désertes jusqu'à Caicara. Nous posons nos kites au milieu des barques et des cocotiers, dans cette petite ville oubliée des circuits touristiques, pour s'installer dans une paisible petite poussada (auberge local). 55 km au compteur, pour une petite journée de navigation.
Jour 3
Passé Caicara, on atteint un spot de rêve, une lagune énorme, entouré de banc de sable, forme un terrain de jeux sur plusieurs kilomètres dans une eau azur. Puis l'on croise des puits de pétrole, et les complexes démesurés de raffinerie sur la côte. On se lance dans la traversée d'une baie et l'on croise au large sur 37km. Plein les jambes, on pose nos kites à Ponta do Mel petite station balnéaire perdu au milieu de dunes multicolore. 95 km au compteur
Jour 4
Toute la nuit le vent a hurlé dans les fenêtres de notre confortable poussada
Il est 16h et nous patientons sur la plage depuis ce matin. Les pêcheurs nous promettaient le vent pour 13H... On craque et on se jette a l'eau, on arrive tout juste à se maintenir hors de l'eau. On a l'impression de ramer et on ressemble plus à des galériens qu'a des kitesurfers... A 17H on a parcouru 20km et au coucher du soleil on pose notre sac à Baixa Grande, un village de pêcheur. Désert, il a des airs de village fantôme.
Le vent est toujours assez faible mais nous naviguons tant bien que mal jusqu'a Tibau, la ville qui marque la frontière avec l'état du Ceara. 15 km après la ville nous découvrons un immense haut font, l'eau est parfaitement plate sur des kilomètres et malgré le vent faible, nous hurlons de plaisirs en glissant sur 20 cm d'eau. A 3 km au large de la plage nous avons de l'eau jusqu'a la cheville mais nous croyons rêver lorsque nous apercevons une mule toute seule. Son propriétaire, un pêcheur, s'affaire à quelques centaines de mètres avec ses casiers. Le vent s'essouffle et on commence couler! On patiente à Ponta Grossa durant 2h30, le long de magnifiques falaises cramoisie. A la marée montante le vent accélère assez pour nous permettre de rejoindre Canoa Quebrada. 85km au compteur.
Jour 6
Nous continuons le downwind au milieu des falaises et des multiples poussadas qui semblent pousser sur la cote comme des champignons. A Morro Branco nous apercevons les touristes sous les sources d'eau douces tombant en cascade des falaises. Nous passons de purs spots de vagues et Eric semble comme un fou avec sa planche mutant. A 16h30 je suis mort de fatigue, et l'on s'arrête devant le Beach park dans la banlieue sud de Fortaleza. 110 km au compteur.
Jour 7
Nous sommes le 15 novembre et c'est jour férié; A Fortaleza la plage de Futuru est pleine a craquer. Nous slalomons entre les surfers au milieu de jolies vagues, mais nous devons avancer. Une immense digue de 3 km nous coupe le passage et nous partons a plus de 5 km de la côte, on en profite pour faire du tourisme au près d'un énorme "porte conteneur" qui mouille au large. Des marins nous saluent sur le ponton. Arrivée à Cumbuco, une centaines de kite croisent devant la plage. C'est assez irréel après notre down-wind en solitaire. C'est ici même que mon sac étanche décide de lâcher, Eric improvise un cours de couture sur la plage au milieu des buggys et 4x4 de kiteurs qui rejoignent la lagune. Une fois passé la digue de Taiba on a l'impression d'être déjà à la maison. Nous atteignons Paracouru à la nuit tombée. 86 km au compteur
Jour 8
Day off a Paracuru, on passe la journée dans un hamac à Teta da praia notre auberge de Paracuru. Mais c'est aussi le moment de s'équiper en sacs poubelles. Nos sacs étanches ne le sont plus du tout, mon téléphone portable en a fait les frais. On range nos instinct 11m² pour partir avec nos 9m² qui nous attendaient chez la propriétaire de la poussada. Eric abandonne sa board mutant pour un twintip classique. C'est plus confortable
Jour 9
Nous partons de Quebra Mar, à Paracuru, direction Icarai à 90km. Nous atteignons le village en milieu d après midi. L'équipe de l'école de kite « Pais tropical » nous accueillent les bras ouverts, ils connaissent notre projet de down-wind... Ce soir c'est la grande fête de l'année au village, deux milles personnes sont attendus sur la plage, avec concert, et stand merguez! On est fatigué mais on ne peut pas louper ça.... On se donne la permission de minuit pour sortir.
Jour 10
Entre Icarai et Jericoacoara, une immense zone de mangroves s'étale sur une cinquantaine de kilomètres. Des casiers avec des systèmes d'entonnoir utilisant des piquets de bois sont autant de pièges pour les poissons que pour les kitesurfers, quand ils sont à fleur d'eau. A 15h on a déjà parcouru plus de 85km mais nous décidons de patienter jusqu'à la fin d'après-midi à Préa avant de rejoindre Jericoacoara. Les windsurfers sont nombreux devant le village et les kiteurs sont interdit sur le spot, nous préférons arriver à la nuit tombée... 100km au compteur.
Jour 11
On quitte Jerico avec un vent offshore (vent soufflant de terre) qui s'essouffle, je fais la résistance pour continuer à tirer mon bord, mais ma voile tombe à l'eau. Damned! à 1000m du bord, je nage vers ma voile et j'aperçois Eric sur la plage 1 km derrière moi. Le vent se lève doucement en side shore (parallèle à la plage)et je rejoins la plage en bodydrag. J'ai de la chance, Eric me fait la morale…. Une demi-heure plus tard le vent remonte à 20 nœuds. On passe la baie de Camocin et les kilomètres défilent. On kite déjà depuis plus de 6h, on a traversé plusieurs baie mais on a aucune idée de l'endroit où l'on se trouve. Est-ce que l'on est déjà dans l'état du Piaui? Au bout de 120 km, au coucher du soleil, on atteins Coqueiro, à 10km de Luis Correia. Je suis épuisé, Eric a la pêche!
Jour 12
On passe Luis Correia, un kitesurfer solitaire nous salut, et nous prenons la direction du delta du Parnaïba. C'est un immense estuaire, classé en réserve naturelle, composée d'îles recouvertes de forêts. Des milliers d'Ibis rouge, un magnifique échassier, vivent dans la mangrove. Nous traversons plus de 50km de plages désertes, des îles isolées dans le delta et complètement inhabitées. Les conditions sont difficiles, le vent est faible en 9m², les vagues cassent sur le bord, nous coulons régulièrement, on en a plein les bras. A 85 km du point de départ, nous atteignons la pointe de la dernière ile, à quelques kilomètres de Tutoia. Deux jolis carbets (abris de pêcheurs sur pilotis), sont posés sur une île de sable blanc, un bivouac parfait ! Des pêcheurs se sont installés pour quelques jours dans l'un des abris, et nous sommes invités à partager un véritable festin, crevettes, poissons et langoustes au feu de bois…. Nous racontons notre aventure, ils refusent notre argent. En pleine nuit, je suis réveillé par les vagues qui cassent sous mon hamac. La marée est montée, nous sommes suspendus au dessus de l'océan à 2 km au large de la plage la plus proche, le vent hurle! Quelle ambiance.
La vidéo de jour 13 à jour 15 :
23:08 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : downwind, kitesurf, brésil



