28.10.2008
oct 2008 : Record du monde distance 24h
10 octobre : Paracuru Un grand merci pour tous les messages des derniers jours. Je suis resté muet non par concentration mais plus pour m'aider à tourner la page du kite-bivouac.
Yan (l'atout météo), annonce du 30 kts pendant les 4 jours à venir. La lune n'est pas complètement pleine mais avec Hubert nous avons décidé de faire une première tentative dimanche soir. Samedi, achat des vivres de courses, location de la voiture pour le déplacement à Fortaleza et essai de navigation de nuit avec les frontales ...
J'ai vraiment hâte d'y être bien que la nav de nuit m'inquiète un peu. Le vent va-t-il être assez constant pour une navigation de 12 h, fera-t-il suffisamment clair pour distinguer tous les pièges et surtout dans quel état vais-je resortir après 12 de nav de nuit ? Je ne suis pas effrayé, il est normal de se poser ce genre de questions, c'est même primordial. J'ai fait le choix de commencer par la nuit parce que c'est ce qui va être le plus dur, j'espère seulement pouvoir tenir les 12 h qui vont suivre. Ne vous attendez pas à ce que je me jette sur l'ordi dès la fin du parcours, je risque d'être un peu chiffon pendant un moment....
Quoi qu'il en soit je vais faire le max, vous avez tous bien "boosté" ma motivation !!
12 & 13 octobre : 24 h de kite
Ça y est, c'est fait !! je ne suis pas satisfait de la distance parcourue, mais aux vues des conditions qui m'ont été offerte, je dois m'estimer heureux. S'il y avait un jour dans le mois à ne pas tenter le record, c'était ce jour là ! Toute la journée je me suis demandé quelle faute j'avais commis pour mériter des conditions aussi... excusez le terme mais je n'en trouve pas d'autre... merdiques! La météo prévoyait 30kts de vent pendant 4 jours, la logique voulait que la tentative se fasse au milieu du créneau, et bien ce jour a été le seul avec un vent faible très irrégulier et off shore (de la terre vers la mer) !! Bref, j'ai eu droit à la totale... en voici le récit :
Avec Hubert nous avons décidé d'avancer le départ de 2 heures afin que je m'habitue progressivement à la pénombre, je me mets donc à l'eau vers 17h15. Les rares personnes encore présente sur la "praia do Futuro" à Fortaleza, regardent ce kiteur fou qui dépli son aile à l'heure de l'appéro, équipé d'une lampe pour la pêche au thon sur la tête... ce gringo a dû prendre trop de soleil semblent-ils penser!!
La traversée au large de Fortaleza se passe bien, le vent reste sur sa lancée de l'après-midi, il est régulier, je ne suis pas obligé de trop bouger la voile pour maintenir ma flottaison. Avec l'arrivée de la nuit, la surface de l'eau s'adoucit, la planche glisse agréablement d'une vague à l'autre, c'est le pied, la lune pleine m'éclaire suffisamment pour ne pas utiliser la frontale. Au début, naviguer de nuit dans des creux de 2m, est très impressionnant, toutes mes peurs du noir de mon enfance remontent en surface. Qu'est ce que tu fais là dans le noir, loin de la sécurité des lumières des villes et villages là bas sur la plage, navigant au-dessus de je ne sais quel gros poisson et qui plus est seul au milieu d'un élément qui n'est pas le tien ? La peur gagne du terrain sur le raisonnement, je me raccroche à la beauté du cadre pour éloigner ce tableau trop noir.
En m'approchant de l'immense jetée de 2,6km un peu avant Taiba, le vent montre quelques faiblesses, je dois envoyer ma voile d'un bord de fenêtre à l'autre pour éviter de couler, elle siffle à chaque passage comme pour me faire comprendre les problèmes se profilant à l'horizon. Je passe la jetée, le bruit des vagues se fracassant sur les rochers couvre celui de ma voile, je reste concentré, ce n'est pas le moment de la faire tomber dans l'eau.... Plus je m'approche de Paracuru plus je suis obligé de tirer des bords pour garder suffisamment de pression dans ma voile et ne pas couler. A 3 km de Paracuru, le kite ne siffle plus, il s'effondre et fini dans l'eau. Le vent est trop faible pour espérer un décollage, je patiente 10mn et décide de rejoindre la plage à la nage, 400m en nage indienne avec le kite sous le bras les lignes traînant derrière, ça commence fort ce record !!!
30mn de nage, 10 à 15 mn de démêlage et c'est reparti, le vent semble plus régulier bien que toujours faible, pour moi tout parait normal, après tout c'est la nuit, je ne peux exiger un vent aussi fort que de jour, je suis même très heureux de pouvoir naviguer même si mes bras s'en plaigne. Je connais bien le littoral et arrive à me positionner par rapport aux villages, ma lente et difficile progression n'entame pas mon moral, je prendrai ma revanche lorsque le vent se lèvera pour accompagner le jour... Comme me disait Jean Louis, la lune est une fidèle compagne et semble jouer avec moi à cache cache derrière les nuages. Je lui parle lui demandant, comme je le ferais à un enfant, d'arrêter de se cacher et de maintenir sa lumière dirigée vers moi, mais les nuages grossissent, la visibilité diminue, mes jambes doivent encaisser les clapots que je ne vois plus mais elles ne se plaignent pas, l'information qui remonte vers le cerveau est rassurante, elles tiendront !
Pendant ce temps, le "PC course" à Paracuru s'organise : Hubert remonte en voiture vers le nord, il est constament renseigné par Eric et Bow, deux potes kiteurs installés chez Dominique (www.aguavila.com.br), allez faire un tour sur le site web, vous verrez que certains n'ont pas des vies faciles...
Pendant ce temps, je trime toute la nuit contre ce vent d'opérette changeant constamment mes prises de mains pour ne pas tétaniser. Mon harnais commence à me faire souffrir, les aller-et-venues incessantes de ma voile finissent par me provoquer des brûlures sur les deux fesses (voir photo plus bas). Le jour n'est pas encore levé, il est 4h15, ma voile tombe brutalement dans l'eau, le vent vient de prendre congé, il est allé voir ailleurs si j'y étais. Après avoir parlé à la lune c'est au tour du vent, je lui parle d'abord calmement, puis très vite le ton monte. Sans réponse, je me tourne vers les cieux demandant si quelqu'un pouvait faire quelque chose, le silence est ma seule réponse. Je distingue mal la côte, 40 mn de nage me seront nécessaire pour la rejoindre et me retrouver face à une immense mangrove me condamnant à longer celle-ci, de l'eau jusqu'à la taille, sur 1km avant de trouver un espace sablonneux ou installer mon kite et démêler mes lignes. Le vent fait moins de bruit que ma respiration et la mer est un comme un marbre, pas besoin d'être un marin pour comprendre que mon aventure prends un grand coup dans l'aile. C'est au tour des moustiques de rentrer en scène, ils sont légions et s'en donnent à coeur joie... nouvelle injonction à pleins poumons vers les cieux !!
La réponse prends la forme d'un petit bisolé off shore. Je remets la voile dans l'eau et me laisse traîner pour échapper à cet enfer vert. 30 mn de nage tractée sans pouvoir décoller la voile me permettent de m'échouer sur une plage. Nouvelle attente, cela fait maintenant 3 heures que le vent m'a coupé les ailes, je suis vert de rage, tout le monde marin en prend pour son grade, j'ai vraiment mal sous mon harnais, je suis à prendre avec des pincettes... Il est 7h20 quand ce bouffon de vent se décide à souffler, je l'injure pour le motiver à mettre le paquet mais rien n'y fait, il reste mou et off shore. Le combat reprends entre mon équilibre, ma flottaison et la traction de mon aile. Je passe Préa avec un vent SSO (90 degré off shore) très irrégulier. J'avance en pointillés : 100 à 200m et je coule pour repartir sur 200m de plus avant de couler à nouveau ainsi de suite jusqu'à Camocin. Le passage du cap de Jericoacoara fut l'un des moments les plus fort de cette journée. Je savais que m'engager sur ce franchissement revenait à jouer à la roulette russe. Soit le vent restait comme il était et me permettait de traverser en pointillés les 5km de baie, soit il faiblissait entraînant ma voile dans l'eau et je dérivais vers le large sans espoir de pouvoir rentrer à la nage. Jamais de ma vie je n'ai autant parlé aux éléments. J'en avais vraiment raz le bol de ces conditions, je tenais ma barre en crochettant l'un de mes poignets pour soulager mes doigts qui ne voulaient plus serrer quoi que ce soit. Camocin et son delta finissent par se montrer, j'attaque la traversée toujours avec cette navigation épuisante en pointillés lorsque le vent s'effondre de nouveau. Cette fois 1 bon km me sépare de la côte, ma voile tombe à l'eau, le vent n'est plus suffisant pour la re-décoller mais il souffle suffisamment pour pousser ma voile et tout ce qui y est attaché vers le large. Je me bats pendant près d'une heure pour remonter au vent à la nage et regagner cette plage à l'horizon, je suis à bout et décidé à abandonner mon kite pour avoir une chance de rentrer quand le vent change subitement de sens et de force. Il est maintenant on shore et monte à 25 ou 30 kts. Mon moral remonte, ma hargne est telle que je provoque le vent et lui balance qu'il n'a pas les c.....de monter à 40kts !!
Il souffle enfin à fond, il me reste 4 heures de nav pour boucler les 24h, je sais que je ne passerais pas les 500km mais je veux absolument aller au bout. La mer se déchaîne avec le vent combiné à une très forte marrée. Dans le delta de Luis Correira les creux atteignent 4 m, les champs de mines sont formés d'immenses tours explosant de tous les côtés à la fois. Tout m'est égal, je ne vois plus que le but à atteindre, si ce n'était cette douleur sous le harnais je me sens capable de naviguer au moins 12 h de plus.
17h15 à ma montre, je me pose sur la première plage du coin, je suis parti de Fortaleza il y a 24h et j'ai parcouru une distance de 419,90km
13:30 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : record, distance, kitesurf




Commentaires
tu es peut etre "insatisfait" de la distance ... mais, en ce qui nous concerne, qu'est ce qu'on est fier de toi !!! gros, gros, gros bizzz de tous les guilloz
Ecrit par : anne marie | 15.10.2008
Eric,
Pas " satisfait " peut être pour l'instant, mais avec du recul je suis certain que tu changeras un peu d'avis .A mon humble avis la performance est de trés grande qualité ,
tout particulièrement avec ce type de vent ,et la navigation de nuit qui elle aussi était une première . Le noir inquiète toujours,même si la lune est là pour l'adoucir et si les sens
donnent d'autres perceptions que sous la lumière du jour.
Ce qui est certain c'est que tous ceux qui t'ont suivi,sont FIERS de TOI et te disent MERCI. Tu leur à
fait vivre un " rêve " ....tu as provoqué des échanges au cours des nombreux commentaires qui illustrent cette journée .
Extra,ton récit de cette journée,trés sensible ...le texte nous permet de vivre réellement ces longues heures et ressentir tes émotions.
Une fois de plus tu es allé au delà de Toi même ,
tu as su te " dépasser" et finalement c'est sans doute
cela le plus important .
Elise et J.L.
Ecrit par : dupuy E et J.L | 15.10.2008
Bravo champion......nous sommes tres fiers de ta performance et de t avoir pour ami
bisous
Ecrit par : regine | 15.10.2008
BRAVO, ERIC !!!! Malgré les conditions difficiles, tu as réussi ! Ton record n'en est que plus méritoire ! On est tous fiers de toi!
Et puis, encore MERCI de nous avoir permis de suivre ton aventure, d'avoir pu t'accompagner tout au long, merci pour toutes les photos et tes commentaires pleins d'humour.
J'espère que tu n'es pas trop éprouvé physiquement, tu as certainement droit maintenant à un repos bien mérité!
Encore BRAVO!
Ecrit par : marie-france | 16.10.2008
BRAVO, ERIC !!!
Malgré des conditions difficiles, tu as réussi ! Ton record n'en est que plus méritoire ! On est tous fiers de toi!
Et puis aussi, MERCI encore de nous avoir permis de partager ton aventure, d'avoir pu t'accompagner tout au long. Merci pour les belles photos, pour tes commentaires savoureux et pleins d'humour!
J'espère que tu n'es pas trop éprouvé physiquement, tu as certainement gagné un repos bien mérité !
Encore BRAVO !
Ecrit par : marie-france | 16.10.2008
Hier soir , ton texte n'en était qu'à son 1/3,je voyais tes difficultés mais n'imaginais pas combien elles furent importantes et variées.Alors les 420 km parcourus constituent une performence hors norme.Comme disait St.Exupéry " seul un homme peut faire cela, pas une bête "
Alors tu peut être satisfait d'avoir franchi 420km dans ces 24 heures qui compteront pour Toi...mais aussi pour nous.Certes d'aprés ta performance de l'an dernier sur 12 heures,tu pouvais espèrer dépasser les 500km ,mais
en 200è tu avais eu un vent régulier et permanent.....
Je t'entends insulter la lune,les nuages,le vent,la mer et tout le reste,même Toi même ....c'est une manière de faire tomber la tension et de pouvoir continuer pour narguer le destin qui t'abandonne.
Une autre perfermance ea été réalisée à mon avis:
c'est la qualité de tes textes - de ce dernier en particulier -texte tout en finesse avec beaucoup d'humour et un choix des mots nous permettant de ressentir tes émotions,de voir les paysages et la mer....la possibilité d'aller plus loin et de ralater toutes tes performances et expériences ...montagne , neige, air, eau...
Affectueusement Elise et J.L.
t
Ecrit par : dupuy E et J.L | 16.10.2008
Salut ma poule et félicitations pour ce record. L'essentiel était de le battre alors bravo. On arrose à ton retour avec le "dinosaure", bonne fin de parcours @pouet Ben
Ecrit par : ben | 16.10.2008
Je viens de relire la traduction par des lettres et mots de
ton épopée de 24 heures......A la réflexion je suis persuadé
qu'il est pour toi possible de rédiger un ouvrage ou tu
pourrais faire part de ton expèrience à la masse de ceux qui courent la nature , en montagne ( neige et roc ) deltaplane, surf,kite surf.....
Il n'est pas possible de garder pour Toi tout ce que tu as pu découvrir.....faire part de ton évolution et de ce que tu penses encore faire....des conseils , des suggestions....
Rédiger n'est pas facile...c'est long...mais les récits de
ton Kite bivouac et de ces 24 heures montrent une capacité à faire partager par écrit.....
Un défi supplémentaire ?
Elise et J.L.
Ecrit par : dupuy E et J.L | 16.10.2008
Eh bien ca y est , c'est fait !! Bravo à toi, deja Seigneur des montagnes, du vent, des rochers, de la neige et maintenant ... des eaux ! Tu nous les feras toutes !!
En tout cas, voila un record du monde bien mérité pour toi !! et pour tes fans, un soulagement énorme , mérité aussi ... car tu n'imagines même pas à quel point chacun a vibré, sué, imaginé, déprimé peut être même ... à l'idée que tu ne surmontes pas ces vagues si imprévisibles et si hostiles envers les étrangers (montagnards de surcroît) ! L'attente fut interminable, avant de voir ce fameux message du 15.10.08, en allant régulièrement sur ton site, voir s'il n'y avait pas du nouveau, si un tout petit message de réconfort n'était pas arrivé ...
Et ce matin, le voilà enfin ! je t'assure que j'ai bien soufflé en tout cas , avant de prendre le temps de le lire et le savourer ; quelle épopée, quel récit, on s'y croirait presque, sans pour cela envier ta position ... plutôt inconfortable apparemment ! le pauvre Eole, il en a pris pour son grade ! mais tant pis pour lui, c'est mérité qd même !! mince alors, on ne lui demandait que 24H de constance, c'est qd même pas compliqué pour lui , 24h sur 365 jours ...
Bon je te laisse à tes nombreux fans , famille, presse et amis locaux, en te tirant ma révérance, bien basse mon cher, pour cet exploit qui ne pouvait être réalisé que par un mutan ... de ton genre .
Affectueusement, Sand.
Ecrit par : amiga | 16.10.2008
Eh ben, tes 24 heures valent presqu'une transat dans les difficultées. Au fond, c'est comme en bateau... quand il fait beau, que le vent est dans le bon sens et de la bonne force, tout semble simple ! Mais dès que ça se complique, c'est là que l'on rencontre des difficultées qui sont pratiquement insurmontables pour le commun des mortels. Il faut être doté d'une énergie et d'un bon sens formidable pour affronter les complications de la nature !
Tu fais parti depuis longtemps de ces personnes qui vont au bout d'eux même avec maturité et en mesurant les risques . Ce qui est bien c'est que tu es capable de le faire sur plusieurs types d'aventures. Chapeau bas Monsieur Eric Gramond !
On en profite pour vous dire que bientôt, le 9 Novembre, une trentaine de marins vont faire le tour du monde en solitaire et sans escale en bateau, c'est le Vendée Globe. Continuez sur votre lancée en suivant leurs exploits au même titre que vous avez suivi les exploits de Monsieur Eric !
Nous avons pris beaucoup de plaisirs à lire vos commentaires ici. Les exploits maritimes dont celui d'Eric génèrent toujours une belle littérature !
Ecrit par : Pierre & Florence | 16.10.2008
Salut Ptit frère
Quand j'ai reçu ton SMS, je n'avais pas bien compris que tu l'avais en poche, ce record ! comme tu parlais de déception... Bon, en bonne marketeuse j'ai quand même averti flysurf ....au cas où !
Qu'ajouter à tous ces commentaires ? Bravo pour ta pugnacité, on est tous TRES FIERS de toi à Toulouse. Hugo en cours de récré était très fier de l'annoncer à son copain, neveu de Gerard d'Aboville!
Reposes toi bien et profites maintenant
Bizz
Flo
Ecrit par : florence | 18.10.2008
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